Religions et spiritualités du Japon
Au Japon, religion, tradition, culture et spiritualité peuvent se mélanger.
On peut pratiquer un rituel sans nécessairement adhérer à une doctrine unique.
Comprendre cette diversité permet de mieux comprendre la culture japonaise.
Introduction
La spiritualité japonaise est marquée par la coexistence de nombreuses traditions.
Il serait donc difficile de parler d'une seule « religion japonaise ».
Le shintō, le bouddhisme et diverses traditions populaires ont coexisté pendant des siècles et se sont profondément influencés.
À cela se sont ajoutées :
* des traditions venues de Chine et de Corée ; * des pratiques populaires locales ; * le christianisme ; * d'autres religions venues de l'étranger ; * les nouvelles religions japonaises.
Cette histoire explique en partie pourquoi une même personne peut participer à plusieurs types de pratiques religieuses ou culturelles au cours de sa vie.
Un événement peut être associé à une tradition.
Un autre à une autre.
«La spiritualité japonaise ressemble parfois moins à un choix exclusif qu'à une boîte à outils de traditions.»
Les principales traditions
Shintō (神道)
Le shintō est la tradition religieuse japonaise associée notamment aux kami, aux sanctuaires, aux rites et à une relation particulière avec le monde naturel.
Il accorde notamment une place importante :
* aux lieux ; * aux éléments naturels ; * aux saisons ; * aux ancêtres ; * aux rites de purification ; * aux communautés locales.
Voir :
Bouddhisme (仏教)
Arrivé au Japon depuis le continent asiatique, notamment par la Chine et la péninsule coréenne, le bouddhisme a profondément marqué la culture japonaise.
Son influence se retrouve notamment dans :
* la philosophie ; * les arts ; * l'architecture ; * la littérature ; * les pratiques funéraires ; * les pratiques contemplatives.
Plusieurs écoles se développent au Japon.
Voir :
Shinbutsu shūgō (神仏習合)
Pendant des siècles, le shintō et le bouddhisme ont coexisté et se sont mélangés dans de nombreuses pratiques.
Cette interaction est connue sous le nom de shinbutsu shūgō.
La séparation institutionnelle stricte entre les deux traditions est relativement récente et est notamment liée aux transformations politiques du XIXe siècle.
Voir :
Christianisme au Japon
Le christianisme est présent au Japon depuis le XVIe siècle.
Son histoire connaît notamment :
* l'arrivée des missionnaires européens ; * une période de persécution ; * une longue période de restrictions ; * puis une nouvelle présence à l'époque moderne.
Aujourd'hui, il reste une religion minoritaire au Japon.
Voir :
Islam au Japon
L'islam est également présent au Japon, principalement à travers des communautés contemporaines issues notamment de l'immigration et des conversions.
Il constitue cependant une tradition religieuse minoritaire.
Voir :
Traditions régionales
Le Japon possède également des traditions spirituelles régionales.
L'exemple le plus connu est celui des îles Ryūkyū, notamment Okinawa.
Les traditions religieuses locales présentent des caractéristiques différentes de celles du shintō tel qu'il est pratiqué sur les grandes îles.
Voir :
Les nouvelles religions japonaises
À partir du XIXe siècle apparaissent de nombreux mouvements regroupés sous le terme 新宗教 (shinshūkyō), c'est-à-dire « nouvelles religions ».
Ces mouvements sont très divers et ne constituent pas un ensemble homogène.
Parmi eux :
* Ōmoto-kyō * Sōka Gakkai * Sūkyō Mahikari * Aum Shinrikyō
Aum Shinrikyō est notamment connue pour l'attentat au gaz sarin commis dans le métro de Tokyo en 1995.
«Une spiritualité ne doit pas être jugée uniquement à son étiquette : son histoire, ses croyances et ses pratiques doivent être examinées séparément.»
Les kami
Le terme kami (神) est central dans le shintō.
Il est souvent traduit par « divinité » ou « dieu », mais cette traduction peut être réductrice.
Selon les contextes, les kami peuvent être associés :
* à des forces naturelles ; * à des lieux ; * à des phénomènes ; * à des figures ancestrales ; * à des puissances considérées comme sacrées.
Cette conception contribue à une relation particulière entre spiritualité et environnement.
La montagne, la forêt, la cascade ou certains lieux peuvent ainsi posséder une dimension sacrée.
Voir :
Temples et sanctuaires
Le Japon possède deux grands types de lieux de culte facilement reconnaissables :
Sanctuaires shintō
→ jinja (神社)
Temples bouddhistes
→ tera / ji (寺)
Quelques lieux emblématiques :
* Fushimi Inari-taisha * Itsukushima-jinja * Tōdai-ji * Sensō-ji
La frontière entre culture, tourisme et pratique religieuse peut cependant être difficile à tracer.
Un même lieu peut être :
* un monument historique ; * un lieu touristique ; * un espace esthétique ; * un lieu de pèlerinage ; * un véritable lieu de culte.
Les pratiques du quotidien
La dimension religieuse japonaise peut parfois être particulièrement visible dans des gestes très simples.
On peut par exemple :
* visiter un sanctuaire au Nouvel An ; * acheter un omamori ; * tirer un omikuji ; * participer à un festival ; * effectuer un rite de purification ; * recevoir un goshuin ; * visiter un temple pour un événement familial.
Ces pratiques n'impliquent pas nécessairement une adhésion intellectuelle complète à une doctrine.
Elles peuvent être :
* religieuses ; * culturelles ; * familiales ; * traditionnelles ; * superstitieuses ; * touristiques ; * ou plusieurs de ces choses à la fois.
Omamori, omikuji et goshuin
Omamori (お守り)
Les omamori sont des amulettes associées à la protection ou à différents souhaits.
On peut en trouver consacrés notamment :
* à la santé ; * aux études ; * à la réussite ; * aux déplacements ; * à la sécurité.
Omikuji (おみくじ)
Les omikuji sont des papiers de divination ou de présage tirés dans des temples ou sanctuaires.
Ils peuvent annoncer une fortune :
* excellente ; * bonne ; * moyenne ; * défavorable.
Les omikuji défavorables peuvent être attachés dans les espaces prévus à cet effet.
Goshuin (御朱印)
Le goshuin est un sceau calligraphié associé à la visite d'un temple ou d'un sanctuaire.
La collecte de goshuin peut devenir une véritable activité pour certains visiteurs.
Il existe même des personnes qui organisent leurs voyages autour de la découverte de nouveaux lieux et de nouveaux goshuin.
Cette pratique peut donc se situer à la frontière entre :
* pèlerinage ; * dévotion ; * tradition ; * collection ; * tourisme culturel.
Une lecture personnelle
À titre personnel, certaines pratiques religieuses japonaises me donnent parfois davantage l'impression d'une spiritualité pratique, culturelle ou superstitieuse que d'une religion fondée sur l'adhésion exclusive à une doctrine.
Un visiteur peut par exemple aller dans un sanctuaire pour :
* acheter une amulette ; * tirer un omikuji ; * souhaiter une bonne année ; * obtenir un goshuin ; * participer à une tradition familiale.
Vu de l'extérieur, cela peut ressembler davantage à un ensemble de pratiques culturelles qu'à une profession de foi.
Mais cette perception ne doit pas être généralisée.
«Une pratique peut avoir une dimension culturelle pour une personne et une dimension profondément religieuse pour une autre.»
Le même geste peut donc avoir des significations différentes selon celui qui l'accomplit.
Derrière le tourisme, des lieux réellement sacrés
Il serait également réducteur de considérer les temples et sanctuaires uniquement comme des attractions touristiques.
Certains lieux restent des espaces de pratique religieuse réelle.
Dans certains contextes, les visiteurs sont invités à :
* parler discrètement ; * respecter les interdictions de photographie ; * ne pas pénétrer dans certaines zones ; * suivre les règles de purification ; * respecter les cérémonies en cours.
Certains espaces peuvent même être difficiles d'accès ou réservés à certaines pratiques.
«Un lieu peut être beau à visiter sans être un simple décor.»
Cette distinction est importante pour découvrir le Japon avec respect.
Religion, culture et pratique
L'une des choses les plus intéressantes de la spiritualité japonaise est justement la difficulté à séparer complètement :
* religion ; * culture ; * tradition ; * folklore ; * superstition ; * esthétique ; * tourisme.
Un matsuri peut être à la fois :
* une fête locale ; * un événement religieux ; * une tradition communautaire ; * un spectacle.
Un temple peut être :
* un monument historique ; * un lieu artistique ; * un espace touristique ; * un lieu de prière.
Un goshuin peut être :
* un souvenir ; * une calligraphie ; * une trace de pèlerinage ; * un objet religieux.
«La frontière dépend souvent du contexte et de la personne.»
Une lecture Ermite Zen
Ermite Zen ne cherche pas à adopter une religion particulière.
Mais certaines idées issues des traditions japonaises peuvent nourrir une réflexion personnelle.
Observer sans croire immédiatement
Une tradition peut être intéressante sans que toutes ses affirmations doivent être acceptées.
«Comprendre avant d'adhérer.»
Cela rejoint directement l'esprit critique.
Respecter sans nécessairement adhérer
On peut visiter un lieu sacré sans partager la croyance de ceux qui le fréquentent.
Le respect porte alors sur :
* les personnes ; * le lieu ; * les pratiques ; * le contexte culturel.
Prendre ce qui est utile
Une tradition peut contenir :
* une pratique corporelle ; * une méthode de méditation ; * une réflexion philosophique ; * un principe esthétique ;
sans que l'on doive adopter l'ensemble de son système religieux.
«Comprendre une tradition ne signifie pas devoir y croire.»
Garder l'esprit ouvert
L'absence de croyance personnelle n'oblige pas à mépriser les croyances des autres.
On peut être sceptique et curieux simultanément.
«Ne pas croire n'interdit pas de chercher à comprendre.»
Spiritualité et zone de confort portative
Certaines pratiques spirituelles japonaises peuvent également faire écho au concept de zone de confort portative d'Ermite Zen.
Un petit rituel :
* respirer ; * marcher ; * se concentrer ; * observer ; * répéter un geste ;
peut devenir un repère personnel.
Il ne s'agit pas nécessairement de pratiquer une religion.
Il peut simplement s'agir de créer un rituel qui aide à retrouver son calme et son attention.
C'est l'une des raisons pour lesquelles certaines pratiques japonaises intéressent Ermite Zen :
«Un geste ordinaire peut devenir un point de retour.»
À retenir
La spiritualité japonaise ne se résume pas au shintō.
Elle comprend un ensemble complexe de :
* traditions ; * religions ; * philosophies ; * pratiques populaires ; * influences étrangères ; * nouvelles religions ; * habitudes culturelles.
Le shintō et le bouddhisme ont notamment coexisté pendant des siècles et se sont profondément influencés.
La pratique religieuse japonaise peut parfois être très visible dans la vie quotidienne, tout en prenant des significations différentes selon les personnes.
Et surtout :
Comprendre une croyance ne signifie pas devoir y croire.
Respecter une tradition ne signifie pas devoir l'adopter.
Être sceptique ne signifie pas refuser de comprendre.
Observer. Questionner. Apprendre. Puis choisir son propre chemin.
C'est une attitude très Ermite Zen.
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